Comment mieux gérer le stress au travail ? 

Dans Tendances - Métiers , 10 décembre, 2020

49% des salariés français se déclarent dans un état de stress.[i] Cela nous est tous déjà arrivé de vivre cet état, au moins ponctuellement. Et cela ne touche pas que les salariés, les dirigeants et les indépendants sont concernés aussi. Mais qu’est-ce que cela veut dire concrètement, quelles réalités cela recouvre-t-il ?  Quels sont les facteurs majeurs du stress au travail ? Et quelles solutions y apporter, à la fois au niveau individuel et à l’échelle de l’entreprise ? C’est sur ces questions que nous allons nous pencher dans cet article.

[i] Observatoire du stress au travail publié par Stimulus en 2017. Étude sur plus de 32 000 salariés de 39 entreprises différentes avec des secteurs d’activité variés. Étude réalisée sur la base de l’échelle de Mesure du Stress Psychologique (MSP) reconnue par les organismes officiels de santé au travail.

Céline DEGLAIRE, 

Consultante Senior, Celencia Nantes

Pour mieux comprendre le stress

Le stress est la réaction d’un organisme à ce qu’il perçoit comme une agression, un choc physique ou nerveux. Chez l’humain cela se traduit par une situation de tension nerveuse excessive.

Le stress au travail quant à lui, est en général défini par le déséquilibre entre la perception qu’une personne a de ses contraintes professionnelles et de ses ressources. Une inadéquation entre ce qu’elle estime devoir faire, les conditions dans lesquelles elle pense devoir le faire, et les ressources internes et externes dont elle dispose.

On range le stress dans la catégorie des risques psychosociaux (RPS) aux côtés du burn-out (ou épuisement professionnel), de la dépression ou encore du harcèlement.

 

Plusieurs formes de stress

S’il n’y a pas de « bon stress » comme le laisse entendre le langage courant, on distingue néanmoins plusieurs formes de stress, qui ne sont pas toutes aussi nocives. On peut les répartir sur deux axes : l’axe choisi / subi et l’axe aigu / chronique.

Si le stress est choisi, il pourra contribuer à la stimulation du collaborateur et à sa satisfaction au travail, et sera moins néfaste pour la santé qu’un stress subi. Si le stress est aigu, c’est-à-dire ponctuel, il affectera également moins la santé du salarié que s’il devient chronique.

Prenons un exemple : on sollicite une collaboratice à la dernière minute pour faire une présentation de son projet phare devant le COMEX de son entreprise, auquel elle n’a pas accès d’habitude. Elle sent une goutte de sueur qui perle et ses jambes qui flageolent, mais en même temps c’est une occasion unique et elle a envie de la saisir pour donner de la visibilité à son projet !

Elle vit un stress aigu et choisi : elle a décidé de saisir cette opportunité et de relever le défi. Sitôt sortie de la salle de réunion, elle ressent du soulagement et de la fierté d’avoir osé.

En revanche si c’est un mode de fonctionnement bien installé que de toujours la solliciter à la dernière minute pour effectuer des présentations pour lesquelles elle aurait besoin de préparation, cela devient un stress chronique et subi.

Quels sont les principaux symptômes du stress ?

Pour ce qui concerne les symptômes, 3 catégories se dessinent :

On peut distinguer des symptômes mentaux tout d’abord : pensées incessantes, état d’inquiétude constant, difficultés de concentration, difficultés à prendre des décisions, difficultés à faire des choix, même anodins, tendance à procrastiner davantage que d’habitude, perte de confiance en soi, perte d’estime de soi, sentiment d’impuissance, incompréhensions et malentendus…

Mais aussi des symptômes émotionnels : surmenage, irritabilité, énervement, impatience, anxiété, angoisse, perte d’estime de soi, sautes d’humeur, état dépressif, manque d’enthousiasme ou d’envie, désintéressement, désengagement, grande émotivité, perte d’objectivité…

Et enfin bien sûr, des symptômes physiques : maux de tête, douleurs musculaires, perte de cheveux, problèmes de peau comme l’eczéma, vertiges, nausées, troubles du sommeil, fatigue intense, troubles de l’alimentation… L’état de stress chronique quant à lui peut être détecté, outre la persistance des symptômes décrits plus haut, par des hausses de consommation d’alcool, de tabac, de café… ou par des accès de violence.

Il est utile de connaitre ces symptômes, non seulement pour détecter un état de stress chez soi – et réagir rapidement – mais aussi pour prendre soin de son entourage.

Mais d’où vient le stress au travail ?

Ses causes sont multiples et déclinables à l’infini, car le stress est un état subjectif. La personnalité et l’histoire de l’individu jouent un rôle majeur dans l’état de stress[i]. Dans une même situation, une personne pourra être parfaitement détendue et son voisin dans le rouge du stress.

Les facteurs de stress

Le rapport Gollac[ii], rendu en 2011, identifie six grands facteurs de risque pour le stress au travail :

  • L’intensité et le temps de travail : quantité de travail, complexité des tâches, responsabilités…
  • Les exigences émotionnelles : relation au public, contact avec la souffrance, peur, devoir cacher ses émotions…
  • L’autonomie et les marges de manœuvre : prévisibilité du travail / possibilité d’anticiper ou non, possibilité de développer ses compétences ou pas, monotonie et ennui…
  • Les rapports sociaux et la reconnaissance au travail : intégration, qualité des relations avec les collègues et la hiérarchie, reconnaissance, justice, violence et harcèlement…
  • Les conflits de valeurs : conflits éthiques, impossibilité de faire correctement son travail, travail ressenti comme inutile…
  • L’insécurité de la situation de travail : sécurité de l’emploi, des conditions de travail, vécu des changements…

On le voit à la lecture de cette liste, certains facteurs de risques peuvent faire l’objet d’actions de la part des organisations, et d’autres non. Parfois les facteurs de risques sont propres au métier. Un hôpital ne pourra jamais totalement éviter le contact de ses salariés soignants avec la souffrance par exemple. De même, chaque facteur de risques nous affectera différemment selon notre histoire et notre personnalité : telle personne aura un grand besoin de sécurité, tandis qu’une autre sera plus sensible à la liberté dans son travail.

On peut donc mettre en place des solutions pour atténuer le stress au travail d’une part au niveau individuel et d’autre part à l’échelle des organisations.

[ii] https://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_SRPST_definitif_rectifie_11_05_10.pdf

Que faire à titre individuel ?

Si le stress devient chronique et se fait trop envahissant, il est parfois indispensable de se faire aider par un professionnel. Il existe de nombreuses techniques et thérapies, brèves ou plus engageantes, pour apprendre à gérer et à diminuer son stress.

Mais il existe aussi de nombreuses astuces à mettre en place dans le quotidien pour diminuer sa dose de stress.

Mieux gérer la surcharge de travail

Si on se trouve dans une situation de surcharge de travail, il est toujours gagnant de prendre du recul pour prioriser. Sur le moment, on a l’impression qu’on n’a pas le temps. Mais en réalité, quand on est la tête dans le guidon et en situation de stress, on n’a plus le discernement nécessaire et toute nouvelle tâche, demande ou pensée nous arrive avec le même niveau d’importance et d’urgence, ce qui augmente d’autant notre stress. C’est un cercle vicieux. Rompre ce cercle infernal est indispensable pour se sentir mieux.

Après s’être changé les idées, on peut se demander qu’est-ce qui est le plus important et le plus urgent dans sa to do list. On peut ensuite sanctuariser du temps pour ces tâches dans son planning. Priorisation et planification libèrent de l’espace mental pour pouvoir se concentrer sur ce qui est prioritaire, et lâcher le reste.

On peut également se questionner sur son niveau d’exigence. Les perfectionnistes sont de grands stressés, car ils se mettent énormément de pression. On gagne à mettre le juste effort dans chacune des tâches que l’on réalise. Toutes n’ont pas forcément besoin du même niveau de finition.

Prise de recul, une clé essentielle

La prise de recul est une clé essentielle contre le stress au travail. Elle peut prendre de nombreuses formes :

  • Pauses diverses au travail
  • Préservation de sa vie personnelle : garder du temps pour soi et pour sa famille aide à relativiser les enjeux du travail
  • Sport : cela permet de se changer les idées, de se dépenser, de décharger les émotions négatives, de revenir dans son corps, ce qui peut aider à mieux dormir et à retrouver l’appétit
  • Yoga, méditation, sophrologie… qui permettent de se déconnecter du mental
  • Événements entre amis
  • Projets ou passions
  • Balades dans la nature

Savoir parler de son stress pour mieux l’évacuer

Une autre grande clé contre le stress au travail, c’est d’en parler.

Quel l’on soit stressé parce qu’on arrive sur un nouveau métier, parce qu’on est dans un contexte politique ou sensible, parce qu’on a des difficultés relationnelles avec ses collègues ou sa hiérarchie, parce qu’on se sent submergé de travail ou au contraire que l’on vit mal une période de sous-charge d’activité, ou même parce qu’on fait face à des difficultés dans sa vie personnelle… en parler soulage beaucoup. Selon la situation on peut se tourner vers différentes personnes ressources : un collègue proche, son responsable, un expert qui pourrait nous aider, un membre du CSE, le médecin du travail…

D’une part en parler décharge : on ne se sent plus seul à porter le problème et le mal-être. D’autre part il y a toujours des solutions, et en discuter avec des tiers éclaire souvent une situation embrumée par le stress.

Pour finir, quelques petites astuces pêle-mêle

  • Se fixer des plages horaires dédiées à la gestion des mails. Cela permet de se dédier à une chose à la fois et de limiter les interruptions. C’est particulièrement utile quand une tâche requière toute notre concentration ou quand on se sent submergé.

On peut alors aller jusqu’à fermer sa boite mail pour ne pas être tenté d’aller consulter les messages qui arrivent.

  • Mettre son téléphone en mode avion, désactiver les notifications ou l’éloigner quand on doit se concentrer.
  • Si on sent que l’on perd confiance en soi, lister tout ce qu’on a réussi ou apporté à son entreprise ou à ses clients. Lister aussi plus largement tout ce qui va bien et tout ce dont on est fier dans notre vie. Mettre le focus sur le positif.

Quand on fait ce travail de bilan personnel, il peut arriver que l’on en vienne à remettre en question certains processus de l’entreprise. Par exemple, si on n’a plus de temps pour travailler sur nos livrables parce qu’on passe sa journée en réunion, il est peut-être opportun de remettre en question la façon d’envisager les réunions dans son équipe ou dans l’entreprise. A-t-on vraiment besoin d’assister à toutes les réunions auxquelles on assiste ? Sont-elles trop longues ? Pas assez préparées ? Comment améliorer l’efficacité de ces temps ensemble et diminuer le stress qui découle d’une surcharge ?

Que faire au niveau de l’entreprise ?

L’exemple de Celencia

Malgré notre attention à la qualité de vie au travail, le métier de consultant est particulièrement exposé au stress et nos équipes peuvent en souffrir.

Chez Celencia, nous avons un baromètre de la qualité de vie au travail. En 2019, nous avons observé une augmentation du stress au travail déclaré par les collaborateurs comparativement à 2018. Le CSE a donc estimé prioritaire d’adresser cette problématique, et a sollicité le chantier RSE pour ce faire.

La démarche qui a été adoptée a été la suivante :

  1. Deux ateliers, réalisés au sein de nos quatre bureaux avec des collaborateurs volontaires. Le premier atelier visait à définir les symptômes du stress ressenti par les collaborateurs, et leurs causes selon eux, et le second visait à identifier des pistes de solutions – soit pour atténuer les symptômes, soit pour traiter le problème à la racine. Ces ateliers ont eu un effet très bénéfique : rien que d’en parler, rien que de partager entre pairs sur ce sujet, cela a fait ressentir du soulagement. Les consultants se sont rendu compte qu’ils n’étaient pas seuls à ressentir parfois du stress, et que chacun avait sa propre façon de le vivre.
  2. Sur la base de cette matière, le chantier RSE a cherché les points communs entre les partages des huit ateliers, pour faire émerger ce qui profiterait à tous comme pistes de solutions. Ce travail de synthèse permet d’écarter les problématiques trop personnelles ou locales et de prioriser les actions qui font du sens au niveau de l’entreprise et qui auront le plus d’impact. Un plan d’actions a été rédigé puis présenté au COPIL, qui a validé six des sept propositions qu’il contenait.
  3. Ces actions ont été mises en œuvre :
    • Entretien entre chaque collaborateur et son manager à mi-parcours, entre deux entretiens annuels. Lors de cet échange, un focus est mis sur l’écoute du collaborateur, les risques psychosociaux et le bien-être au travail.
    • Entretien quinze jours après le début d’une mission. Il vise à s’assurer de l’intégration du consultant au sein de l’équipe cliente, à partager le contenu avéré de la mission et à vérifier que le consultant a toutes les ressources pour faire face aux demandes du client, ou à y remédier.
    • Formation de toutes les personnes en situation d’accompagnement d’autres collaborateurs au management par l’écoute et la bienveillance.
    • Ateliers contre le stress au travail. Une thématique est choisie chaque trimestre pour susciter l’échange autour d’une situation ou d’une source de stress. En général deux témoignages sont apportés : l’un en interne de la part d’un collaborateur et l’autre avec un regard extérieur. S’en suit un temps d’échanges ou d’atelier, accompagné d’un moment de convivialité.
    • Guide des bonnes pratiques contre le stress au travail. Rédigé par le chantier RSE, il se veut une ressource en cas de difficulté.
    • Changement du calcul du remboursement des médecines alternatives par la mutuelle.

Les grandes étapes de la prévention du stress au travail

Il n’existe pas de réponse toute faite au stress au travail car chaque organisation va devoir s’adapter à son activité et à ses collaborateurs. C’est la condition sine qua non pour que les actions fassent du sens et aient de l’impact. On peut néanmoins faire ressortir de grandes étapes incontournables dans une démarche de prévention du stress au travail.

L’état des lieux

La démarche débute toujours par un état des lieux. Quelle que soit la façon dont il est mené (ateliers, interviews, questionnaire) il doit être cadré de manière très précise et ses objectifs et règles de fonctionnement doivent être partagés avec les collaborateurs en toute transparence. La question de la confidentialité des témoignages en particulier doit être éclairée.

Le plan d’actions

Suite à l’état des lieux, vient la phase de tri et de priorisation de la matière recueillie, puis l’élaboration d’un plan d’actions.

Les actions de prévention du stress au travail peuvent être de trois niveaux :

  • Primaire : supprime ou réduit les facteurs de risques
  • Secondaire : atténue les effets des facteurs de risques
  • Tertiaire : actions curatives d’urgence

L’idée est bien sûr de privilégier les actions primaires pour avoir le plus d’impact possible sur le stress au travail au long court.

Les actions vont souvent répondre aux facteurs de risques majeurs cités plus haut. Elles interviennent dans trois domaines principaux :

  • La gestion des ressources humaines : formation, dispositifs de reconnaissance et d’évolution professionnelle, suivi des collaborateurs…
  • L’organisation du travail : articulation d’un cadre commun et d’un espace de liberté et d’autonomie, lieux et outils de travail, accompagnement des changements, dispositifs d’attention à la charge de travail, sécurité au travail…
  • Le management : formation et soutien des managers, pour qu’ils puissent à leur tour accompagner et soutenir leurs équipes

Le suivi

Enfin le stress au travail n’est pas quelque chose de figé. Il convient donc d’instaurer un dispositif d’amélioration continue sur ce sujet. Mesurer les résultats du plan d’actions, interroger régulièrement les salariés sur l’évolution de leur stress, et ajuster le plan d’actions en conséquence.

En conclusion, il n’y a pas de recette miracle contre le stress au travail, mais de bonnes pratiques se dégagent. Ne pas rendre le sujet tabou : oser l’aborder le démystifie et soulage tous les collaborateurs concernés. Ne pas s’en faire une montagne : à titre individuel il existe de nombreuses solutions pour améliorer sa gestion du stress ; et collectivement, il est bon de structurer sa démarche pour être juste et efficace. En s’appuyant sur des ressources, tout collectif peut identifier des axes d’amélioration pertinents dans son contexte et les mettre en œuvre pour un mieux-être au travail. 

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